Plus il se rapprochait de la machine, plus Derec était perplexe. La perplexité était devenue pour lui, en 70 années de prospection, une simple procédure de travail. Un passage obligé pour
accoucher d'un rapport qui, une fois traité et disséqué, lui assure une bonne partie de son salaire, sans compter les primes de voyages. De quoi vivre dans un appartement modeste mais coquet et
de payer les loisirs en vogue pour lui et sa famille.
Derec travail pour le compte de la GIT la Galactic Investigations for Technologies. Fouiller la galaxie et celles environnantes pour découvrir de nouvelles technologies, ou des variantes de
technologies connues, était un métier en vogue il y a une quinzaine d'années. On pouvait tirer de cette profession grandeur et reconnaissance, comme tout les nouveau métiers. A présent,
prospecteur à la GIT, ce n'est plus qu'un emploi bien payé. Les rapports se suivent et sont traités de manière égale par le centre. Si une technologie est jugée utile, c'est à dire apte a créer
une demande et donc une valeur commerciale, elle est utilisée, adaptée, dérivée etc... Sinon elle est archivée dans un des milliers d'ordinateurs du centre en attente d'une utilisation ultérieure
ou d'un achat par une autre compagnie qui y verrait, en terme de marketing, ce que le la GIT n'y voit pas.
Donc si Derec était perplexe devant le produit d'une technologie inconnue, cela signifiait sans aucun doute une très bonne prime pour lui: Si c'est inconnu ou partiellement connu, c'est nouveau,
et si c'est nouveau c'est intrigant et ça se vent très bien! Et aujourd'hui Derec était particulièrement déstabilisé devant la machine qu'il observait. Cela lui était arrivé plusieurs fois dans
sa carrière, quand il observa pour la première fois ces faisceaux lumineux qui en fait étaient des antennes de transmission hyperonde (super chiffre d'affaire!) ou encore ces fameuses portes
distrans très pratiques une fois miniaturisées pour se débarasser des ordures ménagères (un record de ventes !). Mais là, ce que Derec avait sous ses yeux était bien la plus étrange des machines,
et ce ne sont pas les 7 mois standards(durée réglementaire estimée par les experts du centre pour étudier et comprendre une nouvelle technologie tout en restant rentable) qui lui permettrons de
pondre un rapport d'audit directement utilisable. La machine, de par sa taille, remplissait tout l'écran d'observation du vaisseau de Derec ! Et cela à une distance d'au moins un demi parsec
du... bidule(?) ! La taille de plusieurs essaims d'habitation !
En général, la prospection pour les nouvelles technologies nécessite une études et un dialogue avec les détenteur de cette technologie. Il est important pour comprendre le fonctionnement et
l'éventuelle utilité d'une production technique artificielle de comprendre également le milieu social qui l'a vue naître ainsi que l'utilité de la chose souvent différente selon la culture et la
forme que revêt l'être vivant producteur de cette technologie.
Dans le cas présent l'approche fut directe : Derec voyait clairement que cette masse vaguement sphérique de la taille d'une petite lune était le résultat d'une étude, de plans et enfin d'un
passage à l'acte de construction. On voyait très précisément, même à cette distance, une logique mécanique emaner de la chose. Cela aurait pu être un gigantesque essaim ou un vaisseau, enfin
quelque chose destiné à recevoir des êtres vivants, mais c'était plus que cela. Derec le sentait. Cette Objet incongru, perdu, loin de tout les grands axes commerciaux et en plein sur sa route
servait à quelque chose... Ou transformait quelque chose... Ou gérait quelque chose...
Les dimensions et la masse du « machin » étaient si imposantes qu'il était possible de mettre le vaisseau en orbite. Derec donna l'ordre à Cheerwood le pilote, de glisser lentement sur le plan de
l'écliptique et d'accrocher une orbite d'où il pourraient observer plus précisément le « gros bidule ».
REUNION
Un fois le vaisseau en orbite, on coupa les tubulures d'approche et les membres de l'équipe se retrouvèrent tous dans la grande cabine d'observation. Derec fut le premier à prendre place suivit
de Cheerwood qui se glissa dans sa poche de communication.
Cheerwood était le résultat d'une expérience ratée du centre de la GIT. Cette expérience resta obscure et eu donc pour résultat Cheerwood: un tronc surmonté d'une calotte crânienne sans cou, sans
yeux ni bouche. Deux membres très courts lui permettaient de se déplacer lentement. Une prothèse cérébrale/sensorielle de communication lui était nécessaire pour piloter le vaisseau et avoir une
relation sociale normale avec les autres membres de l'équipage.
Vînt enfin le professeur Fansehn, physicien du Centre, Sélénia l'experte en informatique et intelligence artificielle, Simon mécanicien et « bricolo de service » et enfin Andréas, le
robot-encyclopédie, philosophe et métaphysicien.
Il y a au moins 150 années standards que les problèmes philosophiques ou métaphysique sont confiés à des machines logiques. On leur donne la forme de robots vaguement humains pour faire passer la
pilule: pendant des millier d'années standards, les problèmes philosophiques et métaphysique étaient traités par des hommes. Le milieu intellectuel a finit par tolérer que des mathématiciens, des
physiciens et même des techniciens traitent de philosophie et de métaphysique. Ces derniers on confiés à des machines le traitement des grands problèmes abstraits et les émissions tridims
diffusent régulièrement les sempiternels débats d'idées entre machines, matheux et grands penseurs lettrés.
Dans l'immédiat le sujet n'avait rien d'abstrait et de philosophique mais Andréas était tout de même convié en tant que membre du noyau dirigeant du vaisseau et ses compétences, bien que d'une
logique « toute robotique », étaient un condensé des compétences des autres membres.
Le professeur Fansehn n'était connu que pour ses théories et ses travaux en physique. Particulièrement en physique relativiste. Voyages en hyper-espace, singularités temporelles, wormhole étaient
ses domaines de prédilection. C'est tout ce que l'on sait de lui. Le professeur a toujours caché ou plutôt protégé sa vie passée et déjà longue, et ne laisse en façade que le personnage public et
le physicien. C'est sans doute pour ces raisons que ses relation avec Simon étaient simplement polies et limitées au cadre professionnel. Pour le professeur, Simon devait être un de ces vantards
survoltés au jeux de mots débile. Ce qui horripilait le plus Fansehn c'était quand lors d'une discussion Simon le prenait à partie en lui décochant un coups de coude dans le ventre et en
déclarant: « Alors ?... J'ai pas raison ?... On est d'accord ?... Hein Fansehn ? » Ce à quoi Fanshen répondait toujours «oui... oui... mais... » et ne finissait jamais sa réponse de suite coupée
par Simon.
Bien sur il s'entendait beaucoup mieux avec Sélénia qu'il considérait un peu comme sa fille. Il faut dire que le professeur considérait toute personne du sexe féminin « un peu comme sa fille ».
Une façon selon Simon de contourner un problème de timidité sexuelle envers les femmes. Simon émettait de temps à autre une ou deux théories...
Sélénia passait inaperçue. Pas de combinaison sexy à la dernière mode. Pas de bio-modifications, ni de jambes rallongées ni de seins refaits. Son aspect d'un autre âge donnait plutôt dans le
vieux jeans baggy, et ses cheveux rasés derrière et long sur la frange semblaient ne faire qu'un avec son t-shirts kaki tout déformé par la manie qu'elle avait de le passer au dessus de ses
genoux, ce qu'elle fit en s'asseyant à côté de Derec.
A 23 ans elle n'avait connu que peut de garçons et avait passé les deux tiers de sa vie devant écrans, consoles et autre modules d'E/S. Elle programmait parfaitement en une vingtaine de langages
différents mais connaissait également des langues comme le C++ ou l'asm x86 mortes depuis plus de 800 années standards. C'était sa petite fierté et ça ne manquait pas d'agacer tous les petits «
c0w30ys» de sa promotion. Son meilleur ami sur le vaisseau était bien évidemment Andréas.
Un problème se présentait maintenant à l'équipage: cela faisait cinq page que l'auteur décrivait les caractères psychologiques et plantait le décor de de la nouvelle. Seulement les premières
aventures de nos gentils petits amis stoppaient net : ce plouc de prétendu écrivain avait fait deux erreurs (parmi d'autres) fortement regrettables. Cinq pages d'entrée en matière pour une
nouvelle c'est de trop, autant faire un roman. Mais cela était impossible à l'auteur ! Hé oui ! Il était originaire de la planète Grofruitus ! Il était lamentablement incompétent en la matière le
cuistre ! Il prenait des vessies pour des candelabres et son cul pour du boudin ! La deuxième faute d'importance qui mit fin à la triste intrigue de nos comparses était l'ABSENCE TOTALE
d'objectif. Pas de chute... Pas de rebondissement. L'auteur n'avait pas agencé le squelette de son intrigue avant de commencer la rédaction (le sale boulet, honte et opprobre sur lui et sa
descendance). Il n'avait même pas l'idée du sujet de l'histoire... C'est alors que la chose survint : en l'absence d'intrigue, l'auteur fut expédié à coups de pied dans le cul dans le wormhole de
Fansehn et nos pauvres amis se retrouvèrent connement pris au piège, figés pour l'éternité comme des frites froides dans de la végétaline, sur un pli de l'hyper-espace... Newton, Poincaré et
Einstein se sont bien fendus la gueule...